יום שלישי, 30 באפריל 2013

2. En route pour la gare.

Nous n'avons pas pris le taxi, pour nous rendre à la gare de Lyon. Un parce que c'est trop cher. Et deux, il aurait fallut sortir un billet de banque pour payer. Et vus que notre argent est dispersé un peu partout entre les corps de papa, maman et leurs amis !... je vois mal Tita mettre la main à son soutien gorge en pleine rue, pour pouvoir payer.
De toute façon, comme dit maman, le métro c'est "presque pas cher". Bein oui, on a tous notre carte de famille nombreuse avec nous, et donc on paye moitié prix…
Comme de bien entendu, la rame en véritable antisémite, prenait un malin plaisir à vouloir fermer ses portes, alors que nous étions encore sur le quai. Nous nous mîmes alors tous à courir avec nos sacs et couffins. Maman agrippait d'une main sa poitrine, de peur que son pécule ne disparaisse dans les profondeurs. Heureusement que tata Tita était la, car elle cria tellement fort, en arabe je crois, que le conducteur de la rame, effrayé, arrêta ses machines, et rouvrit les portes.
Ouf, nous soufflâmes de soulagement une fois dans le wagon. Rapidement, les femmes allèrent s'asseoir et calèrent les sacs autour d'elles et de leurs jambes, tandis que les hommes debout à côté d'eux, montaient la garde devant un tel trésor. Notre train pour la côte était a 16h00, il n'était que 8h00 du matin lorsque nous primes le métro a colonel Fabien. Mais comme le dit si bien papa, "on ne sait jamais, des fois qu'il y a une grève de la R.A.T.P, ou alors que le chef de la gare de Lyon ait décidé d'avancer l'heure du train, il vaut mieux prévoir".
Je ne sais pas pourquoi, mais les gens dans le métro nous regardaient, certains même souriaient. Il faut dire que les adultes qui m'accompagnaient, parlaient un peu fort. Ils y étaient bien obligés, vu que "tonton" Khamous était un peu sourd. De plus, ils prenaient un malin plaisir à mélanger dans leur arabe quelques mots de français. Ah ils sont forts mes parents, ils sont polyglottes !
Braytou !» cria ma mère, lorsque nous arrivâmes enfin à la gare de Lyon." Fais vite, tu ne vois pas que tu vas nous faire rater le train ?»
Braytou, c'est moi. En fait, depuis que nous sommes à Paris, je m'appelle Albert, enfin c'est comme ça que l'on m'appelle a l'école. Mais mon vrai prénom, est Braytou, je porte le nom de mon grand père paternel. Maman dit que c'est un joli prénom, mais moi, j'ai un peu honte de le dire à Sébastien et Ursule, mes copains d'école.
Nous étions arrivés à la gare avec sept heures d'avance. Mais ce n'était pas grave pour mes parents, car au moins, ils étaient sûrs de ne pas rater le train pour la "grande bleue". Après nous êtres installés sur un banc, les hommes allèrent s'assurer, que le train partirait effectivement depuis cette gare, s'il n'avait du retard ou de l'avance; et s'il n'existait pas un risque de future et sauvage grève, qui compromettrait nos vacances.
Pendant ce temps, maman et tata Tita se mirent en devoir de faire un peu de ménage sur le banc. Tout d'abord, elles prirent chacune un mouchoir, préalablement imbibé d'eau de Cologne, afin de stériliser le banc, que des postérieurs malfaisants auraient pu infecter.
Après un moment, alors que nous étions tout les trois à frotter le banc, comme la veille de pâques, nous vîmes arriver les hommes. Leur sourire, et leur démarche, nous rassurèrent. De bonnes nouvelles se profilaient à l'horizon.
"Khamouna ! Allez sors la boukha et la boutargue. Notre train est en bonne santé. Si dieu veut nous partirons à l'heure" annonça mon père à ma mère, en mimant son air farouche et fier que j'aimais tant.
Nous respirâmes alors d'aise, et Tita, tout en déballant les olives noires et les oeufs durs, se mit à chanter une chanson du terroir.
Maman, pour plus d'hygiène, mit sur le banc un vieux torchon, et se mit en devoir d'y placer la khemia. En plus des olives et des œufs, ils sortirent la grande bouteille de boukha et de longs et fins verres. Ensuite, ils déposèrent sur la nappe improvisée, un reste de salade de tomates et de poivrons cuits de chabbat dernier, la "makbouba".
Vinrent ensuite pommes de terre et carottes cuites, épicées d'harissa, cumin et coriandre. Tita coupa quelques tranches de pain italien ainsi que de généreuses lamelles de boutargue. Une salade d'artichaut, clôturait le maigre apéritif.
Nous nous assîmes autour du banc, transformé pour l'occasion en table, et nous nous mîmes à faire honneur au repas.
La boukha coulait à flot, et les rires et histoires fusèrent. Tita, malgré sa dentition, avalait tout ce qui se présentait à une vitesse effroyable. Je l'aimais bien, car elle riait tout le temps, dévoilant ainsi sa bouche et ses gencives nues surmontées de sa dent unique.
Après l'en-cas, les femmes débarrassèrent la table, pendant que les hommes préparaient les cartes afin de faire une "chkouba", partie de cartes, dont les règles me sont jusqu'à aujourd’hui inconnues.
Khamous, sortit sa boite de nef fa, tabac à priser, et en offrit à la compagnie. Moi je n'y touchais pas, car la dernière fois que j'en ai respirée à la synagogue, j'ai arrosé avec mes éternuements le crâne chauve de monsieur Nahmias, qui se trouvait assis devant moi. Mais les grands, enfournaient le tabac, en quantité astronomique dans les narines. Qu’est ce qu'ils sont forts les adultes de chez nous !
Moi, j'avais amené avec moi, dans ma poche, un avion, et m'amusait à bombarder avec mon chasseur (5 sur lui !), tous les ennemis antisémites passés, présents et à venir. Quand je serai grand, je serai fort !
Après la partie de carte, les grands décidèrent de faire une petite sieste afin de faciliter la digestion, et un peu pour tuer le temps. Chacun choisi un banc et s'y installa.
Mais maman, ne put fermer l'oeil, elle avait peur de rater le train, il était alors 13 heures, plus que trois heures à attendre…

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